Est-il encore pertinent de parler de comportement générationnel au sein des entreprises ?

Avant la survenance de la crise sanitaire début 2020, il ne se passait pas une conférence au sein de notre industrie sans que le débat générationnel ne soit invoqué. Il en allait de même pour les nombreuses publications des fournisseurs ou de la presse spécialisée. Mars 2020, blackout total, fin des déplacements. Le sujet de la jeune génération de voyageurs prescripteurs disparaissait en même temps que de nombreux autres. La crise Covid aurait-elle eu raison d’une bulle éditoriale, d’une tendance, bref, d’un énième buzz sans lendemain ? Le sujet va-t-il renaître à mesure que les déplacements reprennent ? Business Travel Purchase fait le point. 

Dans l’exercice de mes missions, je réalise une veille marché particulièrement active. C’est absolument essentiel pour la bonne réalisation des projets qui me sont confiés mais c’est aussi, un niveau de connaissance que “je dois” à mes clients. Il y a quelques jours, je suis tombée sur la nouvelle publication de la Chaire Pégase de la Montpellier Business School dirigée par Paul Chiambaretto. Le titre de l’étude :

“La génération Z et le transport aérien : quelles différences entre les 15-24 ans et le reste de la population française ?”

la Chaire Pégase de la Montpellier Business School

(voir encadré ci-dessous). Depuis le début de la crise sanitaire, c’est une des toutes premières fois que le sujet du débat générationnel ressurgissait au sein de mes lectures.

Un monde d'avant marqué par la segmentation générationnelle

Rappelez-vous le monde d’avant et ses débats sur l’affrontement des générations de voyageurs au sein des entreprises ! Nous disions que les millenials représentaient 50% de la totalité des effectifs des entreprises. Nous avertissions en annonçant l’arrivée d’une génération de jeunes travailleurs encore plus disruptive : la génération Z. Les différents experts et intervenants intéressés par le sujet décrivaient la génération Y ( ceux nés entre 1981 – 1995 appelés, les digital native) comme une catégorie avec de fortes attentes, des individualistes ou encore des slashers – comprendre le cumul de plusieurs activités. Nous les disions fortement préoccupés par leur équilibre personnel et professionnel. A contrario, car oui, les débats opposaient plus qu’ils ne rassemblaient, la génération X (ceux nés entre 1961 et 1980), étaient qualifiés d’impliqués, de respectueux aux règles, de “bon suiveurs” certains disaient. Le tableau ne serait pas complet sans le portrait robot de la fameuse génération Z, nés entre 1996 et 2009. Appelée génération connectée, décrite comme accro aux écrans et disposant d’une attention de 8 secondes maximum, les conférenciers et animateurs affublaient ces jeunes d’un sens critique aiguisé, d’une capacité à se concentrer uniquement sur “l’essentiel” et d’une volonté de se différencier. Même si nous les disions davantage sensibilisés aux enjeux de la RSE et particulièrement aux problématiques écologiques, voyager était pour eux une formalité Ils étaient particulièrement friands des modes de déplacement low cost et ils se déplaçaient dans des conditions plus “roots” diraient leurs aînés ! Paradoxalement, au sein de l’entreprise, les collaborateurs de la génération Z étaient présentés comme les éléments à “convaincre”. Mue par une quête de sens perpétuelle dans l’accomplissement de leurs missions, les managers étaient invités à embarquer plus qu’à commander. Méthode de management ô combien appréciée de tous les collaborateurs et plus encore par la génération Z. 

Des aspirations communes en post-crise ?

La crise Covid a créé, littéralement, un choc brutal à tous les étages de notre société moderne : gouvernants, entreprises, corps constitués, individus. Nous avons tous été profondément bouleversés dans nos quotidiens, nos rythmes de vie, nos habitudes, nos relations aux autres et à la planète.. La moitié de l’humanité a été confinée par l’injonction de leurs dirigeants. Cette période s’est paradoxalement révélée comme un laboratoire d’analyse de l’impact de l’Homme sur son environnement. Les entreprises, d’abord paralysées comme tous les acteurs économiques l’ont été, ont pu évaluer durant une période relativement longue l’impact des mesures appliquées à leurs employés : télétravail, visioconférence en lieu et place des déplacements professionnels, consommation de nouvelles formes de mobilité, etc. C’est un fait aujourd’hui, les collaborateurs dans leur ensemble sont dans une quête du bien-être sur leur lieu de travail. Cette généralité est évidemment à nuancer suivant le secteur économique concerné. Les employés du primaire, du secondaire ou du tertiaire ne sont pas égaux face aux possibilités d’aménagement de leurs conditions de travail. Néanmoins, si l’on se concentre sur les entreprises concernées par le sujet du “business travel”, la satisfaction, le sens, l’efficience sont des nouveaux critères intergénérationnels plébiscités par les collaborateurs. 

Les missions que nous réalisons chez nos clients nous permettent de partager un constat : les aspirations sont communes et ne dépendent plus de la génération du collaborateur prescripteur même si des particularismes sont à prendre en compte (mère ou père de famille, célibataire, lieu de vie, etc.). Les principaux enjeux autour des collaborateurs sont aujourd’hui : 

– les trajets domicile – travail (sujet épineux à l’heure de la généralisation du télétravail et qui pose la question de la prise en charge du déplacement dans le cas d’une raréfaction du trajet quotidien). Selon le baromètre annuel Alphabet France, 1 Francilien sur 2 estime que la mobilité liée à ses déplacements dans le cadre du travail a un impact négatif sur sa qualité de vie au travail. En effet, 69% d’entre eux estiment que les trajets domicile-travail sont une perte de temps et 56% estiment que cela accroît leur taux de stress.

  • l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ;
  • l’accès au télétravail voire au télétravail à 100% (dont certains profitent pour changer de région et améliorer leur cadre de vie) ;
  • le renouveau des mobilités, la possession d’un véhicule n’étant plus le prisme de réflexion, à contrario de l’usage et du déplacement qui sont dorénavant les critères prégnants dans le cadre des réflexions stratégiques en la matière ;
  • le quête de sens qui désormais, questionne chacun des projets, des propositions internes ou encore des missions à accomplir ;
  • et bien sûr, la prise en compte des problématiques environnementales par l’employeur et ses actions entreprises pour assurer aux collaborateurs une stratégie globale et durable plus conforme à leur éthique personnelle.

 

À la question “est-il encore pertinent de parler de comportement générationnel au sein du business travel ?”, la réponse me semble aujourd’hui assurément négative. Le sujet a , par ailleurs, totalement disparu des salles de conférence de notre industrie. Les questions qui sont dorénavant posées se concentrent sur l’efficience et l’essentialité du déplacement du collaborateur – quel que soit son âge, j’insiste – qui s’interroge en premier lieu sur la question suivante : “est-ce réellement pertinent que je me déplace pour assurer l’objectif final ? Est-ce que cela en vaut vraiment le coût ?”. Question banale mais qui n’était pas forcément aussi assumée avant la crise. Une nouvelle matrice intellectuelle s’est imposée avec des KPI claires : quid des coûts (financier, environnementaux et humains), des avantages personnels et professionnels, des risques sanitaires et sécuritaires, des inconvénients et du bien être du collaborateur ? Cette matrice est dorénavant ancrée au sein de tous les voyageurs et pas seulement ceux appartenant à une génération en particulier. 

Vous avez des questions, nous avons les réponses.

Business Travel Purchase